Méthodologie de la dissertation, partie 3 : Sujet commenté

La dissertation vérifie votre autonomie de réflexion à partir d'un sujet qui se présente soit comme une trop grande évidence à interroger dans ses préjugés implicites, soit comme un paradoxe dont il s'agit de montrer en quoi et jusqu'où il est éclairant. Cet exercice suppose donc deux qualités :

  • une capacité de lecture très fine qui dégage les difficultés, les ambiguïtés d'un énoncé ;
  • une capacité de réflexion à partir de cette lecture : vous devez être capable d'organiser en un parcours logique l'examen des difficultés posées par un énoncé de telle sorte qu'à l'issue de cette réflexion vous puissiez affirmer une position claire sur le sujet.
  • Plus simplement la dissertation consiste à transformer un énoncé en problèmes (les difficultés qu'il pose) et à les examiner selon un ordre démonstratif qui permet de se forger une opinion réfléchie et finalement de prendre position sur le sujet proposée.

    Toute la difficulté réside d'abord dans votre effort pour rencontrer un sujet sans immédiatement l'évacuer en le transformant en simple alibi afin d'exposer des connaissances acquises en cours d'année ou une problématique soi-disant opératoire sur tout sujet. Vous devez faire comme si vous aviez oublié tous vos cours pour véritablement écouter ce que peut dire un énoncé, sachant bien sûr que vous n'avez pas oublié l'essentiel, c'est-à-dire ce qui est désormais en vous, les cours que vous avez vraiment compris et qui sont ainsi devenus vôtres.

    Cette révision méthodologique portera donc sur les étapes suivantes de votre travail :

  • La lecture du sujet ou le travail préalable à la dissertation.
  • La problématisation ou le travail de détermination des problèmes.
  • L'organisation du devoir et en une démonstration.
  • La rédaction de l'introduction et de la conclusion.
  • Nous vous proposons de travailler sur un sujet sous forme de citation.

    « La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir, mais les maux présents triomphent aisément d’elle. »

    La Rochefoucauld. 22ième maxime, in Réflexions ou Sentences et Maximes morales.

    I. Lecture du sujet ou travail préalable.

    Ce travail prépare l'élaboration de la dissertation : il ne correspond à aucune de ses parties. Il est à faire au brouillon et va permettre de transformer un énoncé en problèmes, afin justement de construire une problématique. Il consiste bien sûr à repérer les difficultés de l'énoncé, ambiguïtés de construction, ambiguïtés de sens des termes, difficultés logiques, etc.
    Dites vous bien que la plupart des sujets de concours consistent à mettre en relation la notion que vous avez travaillée (le Mal) avec d'autres termes qu'il s'agit de conceptualiser afin de voir en quoi ils éclairent de façon originale le thème de l'année ; ainsi peut-on vraiment vérifier votre autonomie de réflexion. Donc au fil de votre examen de ces termes ou de ces constructions ambigus, ne perdez jamais de vue pour autant le tème.
    En général vous accordez beaucoup trop peu de temps à ce moment de l'épreuve. S'il est bien conduit -ce qui prend du temps- le reste peut être fait très rapidement .
    Enfin souvenez-vous qu'aucune connaissance particulière de l'auteur de la citation, s'il s'agit bien sûr d'une citation, n'est exigée. Vous devez lire le sujet dans toutes ses possibilités de sens. C'est pourquoi il est assez vain de distinguer toutes les formes de sujet possible, le principe qui organise le travail est toujours le même.

    Analyse du sujet.

    La philosophie.

    Le terme se définit étymologiquement comme l'amour de la sagesse.
    La philosophie rencontre ainsi de 3 façons la réalité existentielle du mal, c'est-à-dire les maux justement.

    1/ La sagesse concerne la vie pratique, le domaine de la conduite dans l'existence et de l'existence. Désirer la sagesse, c'est désirer une vie bonne, conduite avec la réflexion nécessaire à la détermination de son accomplissement. S'il faut une telle réflexion afin de savoir se conduire, c'est que l'homme est le seul être dont la vie n'aille pas de soi et soit pour lui un problème, parce que l'homme ne se contente pas de vivre biologiquement (survie), il désire que la vie vaille la peine d'être vécue : il cherche des raisons de vivre (passage du fait à la valeur). Or si la vie ne va pas de soi, c'est parce que par ses souffrances, par ses maux, l'homme souffrant doute de la valeur de cette vie : la souffrance humaine est toujours déjà métaphysique, puisque c'est dans la souffrance que se découvre à elle-même la conscience inséparablement comme conscience du mal et exigence d'un devoir-être. La douleur est une réaction vitale de bonne santé, puisqu'il n'y a de douleur que pour un être plein de vitalité, dans une vie qui ne veut qu'une chose, s'épanouir. L'expérience de la douleur permet à tout vivant de s'orienter vers le plus agréable, en fuyant justement la douleur. Mais le propre de la conscience est de la transfigurer en souffrance : là naît le mal, révolte contre le scandale, l'injustice de ma douleur, révolte qui pose implicitement le désir d'une autre vie, d'une vie meilleure, ce qui ne prend sens que par rapport à l'idéal d'une vie bonne.
    La philosophie comme amour de la sagesse n'a donc de sens que par le souci d'une vie humaine malgré les maux, en dépit d'eux. Sans l'expérience du mal, la sagesse ne serait pas un idéal humain. Sois sage ! i.e. ne fais pas de bêtises !

    2/ Mais atteindre la sagesse serait donc simultanément régler le problème du mal, parvenir à la certitude d'une vie heureuse. Si le philosophe est simplement l'ami de la sagesse, c'est qu'il n'est jamais assez sage. La sagesse véritable commence justement dans cette conscience : il est fort sage de ne pas se savoir suffisamment sage et de vouloir l'être toujours plus. C'est donc en ce qu'il sait qu'il ne l'est jamais suffisamment que le philosophe est vraiment sage. La vraie sagesse ce n'est donc pas être rationnel, mais être raisonnable : faire la part des choses, c'est-à-dire "être philosophe", "prendre les choses avec philosophie". Avoir le sens de son incarnation, de sa finitude et des contingences.

    3/ Si la philosophie est un mode de réflexion rationnel par quoi se font jour les exigences métaphysiques de la conscience (identité à soi vs devenir, altération ; systématicité rationnelle = nécessité rationnelle vs contingences ; sens vs chaos du non sens et du simple fait contingent), le risque de toute philosophie est de prendre ses exigences pour la réalité même, de croire que le réel peut se soumettre de part en part à celles-ci. Cela revient à considérer que le mal est un problème soluble dans et par la pensée. Et pour peu que cette pensée inspire l'action, c'est aussi croire que pour autant que le philosophe devienne roi, une vie débarrassée de tous les maux est possible (logique rationnelle totalisante et totalitaire).

    On voit donc que la philosophie rencontre le mal de plusieurs façons : sans l'expérience des terribles maux, il n'y aurait peut-être pas à philosopher ; mais la philosophie peut produire l'illusion que par la pensée rationnelle le mal est soluble ; il serait un simple problème résolu par la réflexion rationnelle ; à moins que la vraie philosophie consiste dans le sens de la vie raisonnable : comment vivre avec les maux.

    Triompher aisément.

    Il faut être très attentif au sens du verbe : il exclut en particulier que l'on consacre toute une partie à l'estétique comme remède au mal, car la stylisation estétique du mal ne prétend pas en triompher : elle voile notre angoisse tout en la dévoilant, elle la transfigure.
    L'emploi de ce verbe signalait à l'évidence la lutte de la philosophie contre le mal et délimitait donc le mal en question ici : le mal subi.
    Triompher, c'est en effet vaincre avec grand éclat à l'issue d'une lutte, d'un combat. Le triomphe est glorieux ou il n'est pas ; il terrasse l'adversaire.

    L'adverbe souligne ici le caractère ironique de la formule. Triompher aisément, c'est ne pas triompher du tout. Significativement lors du retournement à la fin de la formule, l'adverbe n'est plus employé car les maux triomphent vraiment, réellement de la philosophie.

    Il y a ici un point de vue critique vis-à-vis de la philosophie.
    Or les remarques précédentes concernant la philosophie nous indiquent que ce qui est ici visé c'est moins la philosophie qu'une illusion de la philosophie, c'est-à-dire une illusion de philosophie. Car si la philosophie n'est qu'amour de la sagesse, c'est parce que le combat contre les maux est toujours un peu perdu et toujours à recommencer. Mais si l'homme ne cesse pas de dire non au mal par ses exigences, le mal ne triomphe pas non plus de la philosophie, sauf quand elle devient le masque du mal : contre le dogmatisme de la raison qui croit pouvoir en finir avec les contingences malheureuses, il faut valoriser une philosophie profondément incarnée, incarnation par laquelle elle accède au sens du raisonnable. On pourrait ainsi distinguer deux Descartes : celui de la philosophie téorique qui affirme la certitude d'une morale rationnelle possible ; celui qui fait la part des choses et avoue pour l'heure une morale par provision, une morale provisoire. La même distinction vaudrait pour Rousseau à propos du Contrat social : il dessine dans cet ouvrage un système politique qui détermine rationnellement les conditions de conciliation logique entre la liberté de l'individu et la vie en société. C'est la liberté du citoyen qui accomplit par le contrat social la liberté de l'homme. Mais c'est pour ajouter aussitôt qu'une telle solution ne conviendrait qu'à « un peuple de dieux ».

    Une autre perspective de sens est ouverte par le rapprochement paradoxal de la philosophie et du triomphe, car il présuppose que la philosophie soit combat ; or on peut défendre l'idée qu'elle peut viser la grande réconciliation avec ce qui est : la sagesse consisterait à dire oui, oui aux nécessaires douleurs inséparables de toute existence et non à la révolte par quoi ces douleurs deviennent la manifestation du mal. La philosophie conduirait à l'amor fati, l'amour de notre destin.

    Des maux passés et à venir.

    Il est inutile de dissocier les deux, réunis par l'auteur.

    Le pluriel signale l'extraordinaire diversité des maux, parce que le mal comme relation de négation destructrice peut prendre toutes les formes de la relation elle-même. Le mal n'est simple et singulier que si l'on en fait un principe métaphysique (c'est ici que le cours joue son rôle!).

    Quel point commun entre ce qui est passé et ce qui est à venir ?
    Les deux s'opposent à ce qui est présent. Le passé comme l'avenir peuvent apparaître comme des néants, le passé n'est plus, l'avenir n'est pas encore. Mais en réalité ils sont par rapport au présent d'une conscience. Passé et avenir exigent la médiation d'une mémoire et d'une anticipation, i.e. la dynamique d'une conscience qui se représente et le passé, par le souvenir, et l'avenir, par le projet. Représentation, et donc mise en forme par un récit, une analyse compréhensive, un projet réfléchi, etc. D'où le "et" : des maux passés, on tire des leçons du passé qui sont censées éclairer l'avenir, permettre de le maîtriser.

    Le problème réside dans la présupposition du "et" : pour que le passé rende prévisible l'avenir, il faut que le devenir ne soit plus aléatoire, mais réglé par des lois, lois de la nature et peut-être lois de la nature humaine (psychologie comportementale). Il faut donc que le devenir soit nécessaire, i.e. se répète : là où quelque chose est nécessaire, l'effet est déjà contenu dans la cause.

    Or cela rencontre bien sûr des objections évidentes :
    - d'une part cela contredit l'idée même d'un véritable présent, et le surgissement d'une présence irréductible au passé, à l'avenir : il y a ce qui est là, le fait de l'existence présente de ceci ou de cela, inséparable de mon expérience heureuse, malheureuse ;
    - d'autre part si le mal est bien ce que nous avons montré à la fin du cours d'introduction, il est inséparable de la contingence (vs nécessité, rien de ce qui est nécessaire n'est vraiment le mal).

    Mais surtout parler de maux passés et à venir, c'est faire des maux un souvenir, une anticipation comme de n'importe quelle autre représentation abstraite. Or le mal n'est tel que parce qu'un être est charnellement affecté par une situation : pas de mal sans l'expérience d'une intense passivité qui est mal parce que le sujet ne parvient pas à reconquérir son autonomie par l'activité de sa conscience s'appropriant parfaitement cette situation. La souffrance, nous dit Levinas, c'est de devoir subir le subir. L'activité par laquelle nous nous pensons comme sujet souverain ne parvient pas à reprendre le dessus ; nous nous découvrons sujet assujetti.
    Si les maux passés et à venir sont vraiment des maux, c'est qu'ils sont de quelque façon encore et déjà présents, donc mon être comporte une dimension de passivité, éprouvée ici, maintenant.

    Maux présents.

    Ce qui est présent, c'est ce qui surgit avant toute reprise par la re-présentation, i.e. l'appropriation, la familiarisation par une conscience : la présence est juste en-deçà. La présence est donc toujours un éclat de phénoménalité, la manifestation d'un éclat sensible au double sens du mot éclat : surgissement qui me frappe (pas de beauté sans éclat de présence, pas d'abject non plus), mais également fragment irrécupérable dans une totalisation rationnelle, systématique (si ce beau tableau me frappe, c'est par opposition à tout le reste, banal ; si cette scène me fait mal, c'est parce qu'elle s'écarte de la normalité quotidienne). Cet éclat sensible suppose bien sûr toujours une sensibilité toucée, une relation sensible d'un sujet à une situation.
    Ce qui est vraiment présent, c'est donc toujours le fait d'une présence qui m'affecte intensément, me submerge. Il y a donc du triomphe dans toute vraie présence puisque je suis capté, captivé, subjugué, emporté, etc. Ce fait de la présence est ce en quoi je ne parviens pas à m'en abstraire ou à l'abstraire, et à en faire une abstraction, une re-présentation par quoi ma conscience retrouverait sa souveraineté (y voir clair et être serein inséparablement).

    L'expérience du mal présent est donc une expérience de l'entre-deux.
    La conscience est ici suffisamment telle pour s'apercevoir de la présence, car seule une conscience peut être sensible à la présence qui exige une ouverture au monde ; insuffisamment telle pour absolument transcender ce qui surgit. Cet entre-deux de la conscience est justement l'expérience de l'incarnation ou de la sensibilité: la conscience faite chair. D'où le fait que l'expérience du mal s'accompagne de quantités de réactions: nausées, frissons, etc. J'ai bien mal et je ne parviens pas à me reprendre.

    II - Détermination des enjeux et problématisation.

    Votre travail exige un double mouvement contradictoire :

  • d'une part il s'agit d'analyser le sujet, ses termes (cf. l'analyse du sujet ci-dessus) ;
  • d'autre part et à l'inverse il s'agit de dépasser cette analyse pour dégager syntétiquement de grands enjeux.
  • Les devoirs qui ne reposent pas sur ce double travail sont toujours défectueux :

  • si vous vous contentez de l'analyse, le devoir explore différentes pistes sans aboutir à une perspective claire ;
  • si vous vous contentez d'un repérage superficiel des enjeux, d'une part ils risquent d'être artificiellement plaqués sur le sujet, d'autre part le sujet, au fil du propos, semble passablement négligé puisque vous ne vous appuyez pas constamment sur les difficultés que pose sa formulation.
  • Il s'agit donc de déterminer les problèmes que pose l'énoncé du sujet en les regroupant selon des axes. Vous devez ici vous demander quels aspects fondamentaux du mal sont éclairés par l'analyse du sujet. En effet quand vous faites une dissertation, la réflexion doit être orientée selon un axe directeur clair. C'est ici que le cours commence à vous être utile : il vous a sensibilisé à certains enjeux.

    A l'évidence le sujet repose sur l'opposition :

  • maux passés et à venir vs maux présents
  • philosophie vs mal
  • représentation vs présence
  • rationalisation vs expérience sensible
  • On a donc une définition du mal comme ce qui reste toujours d'une certaine façon présent, ce qui ne passe pas, dans tous les sens de la formule, ce qui résiste à la philosophie, i.e. à l'idéal d'une conscience rationnellement souveraine.

    Le problème est donc de savoir si par la philosophie je puis reconquérir une réelle autonomie et comment définir la philosophie pour ce faire.
    La philosophie comme exigence de systématicité rationnelle, de sens, peut prendre ses désirs rationnels pour la réalité : en pensant triompher des maux passés et à venir, elle collabore activement à tous les maux présents, ajoute le mal au mal (enracinement philosophique de certains projets totalitaires).

    Distinction rationnel vs raisonnable.

    Cette autonomie n'est possible que si je me coupe de tout enracinement charnel dans l'existence en prenant le point de vue d'une raison désincarnée.
    D'où l'importance de la distinction entre le rationnel et le raisonnable : être raisonnable, c'est être conscient des conditions réelles de notre humanité : la relation, l'altération, autrui. C'est toujours mon appartenance à un monde qui me donne le sens du raisonnable : le mal subi prend des dimensions catastrophiques là où règne la désolation, là où plus personne n'est d'aucun secours (effroyable solitude subjective vs monde humain) et de même le mal est d'autant plus commis que l'on se trouve dans un espace où les liens sont en voie de destruction (le totalitarisme a ainsi émergé dans des sociétés profondément en crise où le lien social se défaisait : le traitement de l'homme en masse n'est que l'envers de la totale fragmentation du corps social).
    Le prétendu remède (= une raison qui se veut désincarnée, i.e. la rationalité purement abstraite) est ici le plus grand des maux puisqu'il nie la condition même de notre humanité : l'incarnation.

    L'incarnation exclut que l'on triomphe du mal, ce pourquoi le véritable philosophe se sait simple ami de la sagesse et non pas sage. L'expérience du mal, quel qu'il soit, est toujours l'indice que nous sommes compromis dans une existence charnelle. Ce qui est à interroger c'est donc l'illusion de pouvoir en finir avec le mal selon une illusion de philosophie. Il faut peut être dès lors se tourner vers une philosophie qui nous libèrerait du mal d'une autre façon : par l'assentiment à ce qui est, mais jusqu'où ? Car l'assentiment peut devenir complicité.

    Enfin ce qui est tout autant à interroger, c'est l'idée selon laquelle les maux présents triompheraient de la philosophie, car si tel était le cas, il n'y aurait plus de philosophie depuis longtemps, plus d'exigence de sens.
    Exigence de sagesse et expérience du mal sont inséparables. Si les maux triomphaient vraiment de la philosophie, il n'y aurait plus alors de mal du tout : ce serait le néant des valeurs, la barbarie, là où plus personne ne se choque de rien parce que chacun pour soi vaquer au déploiement de sa seule force d'être égoïstement. Il ne resterait dans un tel non-monde que les douleurs inséparables de toute existence, douleurs qui sont autant d'éléments d'orientation vitale.

    III. Organisation du devoir.

    Il s'agit d'organiser en une démonstration coérente les problèmes soulevés. Cela n'est pas difficile puisque le parcours est relativement balisé.
    En effet, sauf si le propos s'affiche comme scandaleusement paradoxal, il faut toujours commencer par dégager les conditions d'intelligibilité de la formule proposée : à quelles conditions fait-elle sens ? selon quelles définitions de ses termes ? Quelles présuppositions ?

    La première partie consistera à montrer que la maxime de La Rochefoucauld est une très judicieuse définition du mal : le mal est l'inassimilable ou plus exactement l'inassumable.

    Il s'agit dès lors de repérer les foyers possibles de tension entre cette première conclusion et le sens de certains termes. Si le mal est ce qui reste toujours un peu présent (nous sommes marqués, traumatisés, etc.), on constate néanmoins que le plus souvent nous n'en restons pas au mutisme abasourdi, aux pleurs, aux gémissements. La philosophie elle-même s'enracine dans une expérience du mal, mais du mal en partie surmontée (si Platon se tourne vers la philosophie, c'est après la dramatique expérience de la condamnation à mort de Socrate). L'expérience du mal suppose toujours la transcendance d'une conscience jugeante.
    La transcendance de la conscience ne saurait être absolument absorbée par le mal présent, car alors il n'y aurait plus de mal du tout. Significativement si le mal présentement subi nous submerge totalement, plus rien n'est alors présent et la subjectivité s'effondre (cf le cas des Muselmänner dans Si c'est un homme de Primo Levi) ; la présence suppose un minimum de transcendance pour être éprouvée. Là où il y a le mal, il y a toujours une liberté, puisqu'il y a négation d'une négation : c'est mal, et cela ne devrait pas être. Il s'agira de déterminer en quoi cette liberté peut s'approfondir face aux maux présents et jusqu'où.

    Jusqu'où ? Ce qui est alors finalement en cause, c'est l'idée même d'un triomphe. Si la philosophie triomphait du mal, règnerait le bonheur et il n'y aurait alors nul désir de sagesse ; mais si le mal triomphait, il n'y aurait même plus de mal du tout, ni par conséquent de philosophie. Il n'y a de mal que là où un être éprouve ce qui est sur le mode d'une négation menaçant son être même : tant que nous vivrons dans un monde humain, il y aura du mal, et nous ne restons humain qu'en l'empêchant de triompher par l'inlassable lutte qu'on lui oppose. Si les maux de l'existence sont autant de dangers pour ma vie ; le mal serait ce qui met mon humanité à mal. Les maux seraient inséparables de la vitalité qui se heurtent à ce qui la nie : les maux consistent en notre réactivité de vivant; le mal serait inséparable de la négation de l'humain: or si mon humanité est inséparable de la relation, le mal c'est tout autant la souffrance de l'autre homme qui se révèle à moi dans la compassion.

    Les axes du devoir sont dès lors les suivants :

    1/ La formule de La Rochefoucauld propose une définition du mal : le mal ou l'insurmontable présence. Les maux passés et à venir, s'ils sont bien des maux, sont encore ou déjà présents. La philosophie n'y peut rien, car les maux consistent bien dans l'impossibilité de se mettre à philosopher.

    Transition : mais l'expérience du mal suppose toujours une transcendance, i.e. un minimum de liberté par quoi nous disons non à ce qui est. D'où malgré tout la considération de maux plus relatifs que d'autres : les maux passés et à venir ne sont pas présents comme les maux les plus destructeurs. Primo Levi distingue bien, par exemple, dans la post-face de son ouvrage l'expérience indicible du lager et le temps du témoignage, celui de l'écriture. Même si son expérience concentrationnaire laisse une irrémédiable souffrance, le temps de l'écriture est rendu possible par une distance où s'exprime le travail du temps, d'une vitalité qui, quoique définitivement blessée, s'affirme dans un retour sur l'irrémédiable blessure. L'écriture, la mémoire, le témoignage manifestent une transcendance par rapport à l'événement, transcendance qui est toujours-déjà comme constitutive de l'expérience du mal: ne peut se révolter dans et contre ce qui est, qu'un être qui dépasse ce qui est, une liberté, c'est-à-dire une dignité humaine, qui s'affirme dans la révolte.

    2/ Jusqu'où cette liberté peut-elle s'approfondir, se reconquérir ? La philosophie peut-elle triompher du mal ? La distinction du rationnel et du raisonnable. Que signifie finalement "être philosophe", "prendre les choses avec philosophie" ? Examen de l'assentiment à ce qui est. Jusqu'où est-ce vraiment bien raisonnable ?
    Il s'agit ici de travailler deux perspectives : d'une part, celle selon laquelle la philosophie comme maîtrise rationnelle pourrait penser le mal jusqu'à le rendre soluble ; d'autre part, celle selon laquelle penser le mal conduit à la pensée vraie, celle d'une pensée qui se confronte aux limites du pensable: le mal. D'où une nouvelle sagesse, celle de l'assentiment à nos maux nécessaires : « c’est la vie ! »

    Transition : croire que la maîtrise rationnelle peut en finir avec tous les maux passés et à venir est un grand mal présent ; mais prendre les choses "avec philosophie", c'est faire la part des choses, accepter la part du mal et finalement s'en accommoder. Où finit, où commence alors l'inacceptable, c'est-à-dire le véritable mal ?

    3/ Entre l'illusion du triomphe et l'acceptation complice : prendre le mal au sérieux. Si nous ne pouvons triompher du mal, il s'agit de ne pas le laisser triompher. Il est raisonnable d'agir. En quoi l'action peut-elle être raisonnable ? L'action n'est raisonnable que là où sa source n'est pas une conscience abstraite de son enracinement dans un monde, c'est-à-dire dans un tissu relationnel qui donne sens à une existence (l'être avec autrui) ; l'action raisonnable est donc toujours inspirée depuis un entre-nous, une solidarité ; cet enracinement lui donne son sens : l'action raisonnable est appelée par la souffrance de l'autre homme, elle est pour autrui, et c'est de ce "pour" qu'elle tire son sens. Agir contre le mal, c'est dès lors toujours aider, soulager, nous prémunir, ... et être capable d'aller jusqu'au pardon, tout en sachant que nous n'en finirons jamais. Sans espoir ni désespoir, reste à agir raisonnablement, là est l'existence éthique plutôt que l'éthique de vie. Prendre le mal au sérieux, c'est prendre l'existence humaine au sérieux, prendre autrui au sérieux (vs le dilettantisme, le cynisme...)

    N.B.
    Vous remarquerez que nous utilisons délibérément très peu de références. Cela ne veut surtout pas dire qu'il ne faut pas en utiliser, mais en aucun cas une référence ne doit se substituer à votre travail de réflexion : une dissertation n'est pas un parcours d'histoire de la philosophie où très artificiellement trois auteurs prendraient place dans trois parties selon trois chapitres de cours. Au contraire, réfléchissez sur un énoncé, aidez-vous dans votre réflexion d'oeuvres philosophiques ou littéraires réellement travaillées. Ce n'est pas du tout la même chose !

    IV.L'introduction de la dissertation.

    Définition.

    L'introduction consiste d'une part à stimuler le désir de lecture, donc à ne pas en dire trop, d'autre part à montrer que l'on s'oriente vers un véritable travail de réflexion, donc à en dire suffisamment.

    En fait les deux exigences peuvent être simultanément satisfaites pour autant qu'on réussisse à laisser entrevoir la complexité des problèmes que l'on dégage d'un énoncé simple et à les ordonner selon un fil directeur que l'on dessine.

    Préalables méthodologiques.

    Cela implique que l'on s'attache exclusivement au sujet, i.e. au repérage des foyers de problèmes à partir de sa seule formulation. L'introduction ne doit pas aller puiser quoi que ce soit en dehors de l'énoncé, exception faite d'une éventuelle accroche.

    Sont donc à exclure :

  • Toute référence à un philosophe, à un système philosophique, car cela revient à réduire la portée d'un sujet, a priori très ouvert dans ses possibilités de sens. Exception : si l'énoncé comporte un concept marqué, i.e. référable à un système philosophique, vous pouvez bien sûr expliciter la référence. Le cas est extrêmement rare, car les sujets sont choisis de telle sorte qu'ils n'exigent pas, pour être travaillés, la connaissance d'une pensée précise susceptible de les éclairer. Vous pouvez en revanche prendre à titre d'exemple un problème rencontré par une philosophie, en particulier pour l'accroche.
  • Toute citation autre que celle du sujet. Les copies introduisant dès le début du devoir une citation veulent, plus ou moins consciemment, substituer au sujet un énoncé qui s'en rapproche et qui a été préalablement travaillé.
    Tout méta-discours passe-partout, i.e. tout commentaire décrivant ce que vous allez faire. Si vous le faites vraiment, il est inutile de le dire : ne prenez pas l'examinateur pour un demeuré ! En outre le méta-discours consiste en des formules générales, inspirées de méthodologie caricaturale, qui n'introduisent en rien la spécificité des problèmes posés par un énoncé précis (par ex. "nous définirons d’abord les termes du sujet, puis nous procéderons à un retournement, avant de dépasser le sujet" !!! Nous caricaturons à peine).
  • En revanche il est indispensable :

  • De citer le sujet sans le reformuler. Toute reformulation est un gauchissement des possibilités de sens.
  • De déterminer les foyers de problèmes (paradoxes, ambiguïtés lexicales, polysémie, ambiguïtés de constructions).
  • De poser les problèmes dans l'ordre où vous allez les traiter ; ordre qui esquisse la problématique, que vous pouvez expliciter à la fin de l'introduction, ou non. Ces deux derniers points peuvent se faire simultanément.
  • De ne pas multiplier les problèmes de telle sorte que la problématique se dissolve dans des directions incoérentes. Ces problèmes sont souvent posés par des questions dont le nombre ne saurait être supérieur à 3 ou 4.
  • A partir de ces remarques deux types d'introduction sont possibles :

  • L'introduction rétorique. Elle commence par une accroche dont le rôle est de permettre d'inscrire le sujet dans un champ de préoccupations, dans un horizon culturel qui lui donnent une certaine légitimité. Cette accroche sera une référence littéraire, cinématographique, historique, mythologique, etc. Ce champ, cet horizon doivent être communs, donc inspirés par de grands repères collectifs. Cela amène naturellement le sujet que vous citez. Viennent alors le repérage des problèmes et les questions qui ordonnent votre réflexion.
  • L'introduction simplifiée. La plupart des accroches sont totalement artificielles : on ne voit pas du tout le rapport avec le sujet. Les candidats transforment des conseils de bon sens en rites dogmatiques. La lettre tue ici l'esprit. Il vaut mieux alors se passer d'accroche, on ne vous en voudra jamais pour cela.
  • La rédaction de l'introduction doit donc se faire après la construction de la problématique du devoir. Je rappelle qu'une problématique consiste à transformer un énoncé simple, évident, en problèmes et à ordonner ceux-ci dans une réflexion éclairant les différents points de vue possibles sur l'énoncé, points de vue, qui tour à tour examinés, permettent d'avancer dans votre propre réflexion, de forger et fonder votre point de vue, de pouvoir prendre clairement position sur un propos.

    Ces remarques ont simplement valeur de conseils et ne sont pas à transformer en impératifs rigides.

    Applications.

    Première proposition : Introduction 1

    W. Jankélévitch a écrit un ouvrage sur le pardon pour en démontrer la valeur absolue ; mais simultanément lui-même a reconnu ne jamais pouvoir pardonner, aux Allemands, les camps : s'il a accueilli chez lui un jeune allemand, il ne s'est pourtant pas rendu en Allemagne, où cet étudiant l'avait invité. Les maux passés seraient ainsi toujours présents s'ils sont bien des maux : la souffrance est ici insurmontable rancoeur. La Rochefoucauld voit donc juste : « La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir, mais les maux présents triomphent d’elle. »

    Si justement les maux présents triomphent de la philosophie n'est-ce pas parce que le mal est précisément ce qui ne passe pas, dans tous les sens de l'expression ? La philosophie triomphe aisément des maux passés et à venir, parce qu'elle ne triomphe pas du tout : triompher aisément, c'est ne pas vraiment triompher... et d'ailleurs si elle triomphait, il n'y aurait justement plus de maux à venir ! C'est alors dire que la philosophie esquive le mal.
    Mais comment ? Est-ce par une prétention rationnelle à rendre toute chose transparente à l'esprit, même l'inintelligible ? Est-ce au contraire par le fait de prendre toute chose « avec philosophie » ? Dans tous les cas, cette esquive ajouterait du mal au mal : si la philosophie consiste à triompher aisément des maux passés et à venir et à toujours être désorientée par les maux présents, c'est que la philosophie est illusion de bonne conduite de l'existence. La philosophie ou une bien mauvaise illusion de philosophie ?
    Le problème est donc la définition de la vraie philosophie, un peu à la façon dont Pascal parle de « la vraye pensée », celle qui ne se dérobe pas à notre vraie condition de « roseau pensant ». La vraie philosophie ne serait telle que de ne pas esquiver le mal. Le problème nous concerne tous, puisque la question implicitement posée est tout autant alors de savoir ce qu'est une existence authentique et authentiquement humaine, inséparable du mal... mais en quel sens ?

    Seconde proposition : Introduction 2

    « La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir, mais les maux présents triomphent d’elle ». La Rochefoucauld rappelle ainsi la philosophie à quelque humilité en mettant en évidence un paradoxe : alors que la philosophie consiste dans l'amour de la sagesse, elle ne serait qu'illusion de sagesse, fausse route, vie à contresens. Son triomphe est en effet une illusion de triomphe. C'est alors dire que son effort pour penser le mal est également une illusion de pensée...parce qu'il s'agit précisément du mal.

    Il s'agit donc d'abord de déterminer l'étendue et les raisons de cette illusion qui est une esquive ou un refoulement. La véritable sagesse n'est-elle pas alors dans l'humilité d'une conscience remise à sa place ? En d'autres termes, plutôt que de prétendre triompher des maux par la réflexion, ne s'agit-il pas d'être vraiment philosophe et de consentir à notre seule destin?  Mais jusqu'où n'est-ce pas se dérober à notre condition d'homme ? Car la conscience est exigence de justice. Dire oui à ce qui est, ce n'est pas simplement dire oui au monde, aux maux inséparables de cette vie, c'est également dire oui à notre propre non, à notre propre révolte, accepter sans excepter notre tragique révolte. Si la philosophie n'est que l'amour de la sagesse, c'est peut-être dans cette certitude intime d'un irréductible écart entre l'amour de la sagesse et la sagesse : l'impossibilité de triompher du mal sans pour autant cesser de faire effort pour ne pas le laisser triompher. Cet effort n'est-il pas là où se joue l'authenticité d'une existence humaine ?

    V. La conclusion de la dissertation.

    Définition.

    La conclusion achevant votre devoir doit montrer que vous avez bien rempli votre contrat, i.e. que vous avez répondu aux questions posées dans l'introduction, effectivement traité les problèmes posés à partir de l'examen de l'énoncé. Elle doit souligner la progression de votre pensée au cours de votre travail et éventuellement dessiner un dépassement possible. Enfin elle donne au lecteur son ultime impression : elle doit être encore plus soignée que l'introduction.

    En résumé : j'ai effectivement traité le sujet, selon un travail de la pensée dont témoignent mes progrès (passage d'une opinion immédiate à une opinion fondée), que je serais prêt à poursuivre avec plus de temps puisque j'entrevois les limites de ma propre pensée.

    Mise en oeuvre.

    1/ J'ai effectivement traité le sujet.

    Je vous conseille de commencer votre conclusion par la citation du sujet. Vous montrez ensuite que vous êtes effectivement en mesure d'y apporter une réponse précise, ce qui n'exclut pas d'être nuancé : pour preuve vous êtes capable d'apporter plusieurs niveaux de réponses car la conceptualisation vous a permis de saisir la complexité des problèmes induits par l'emploi, au départ naïf, d'un terme, d'une formule usuels.
    Mais ne confondez en aucun cas le sens de la nuance et la dérobade devant tout engagement effectif. Les conclusions mi-figue, mi-raisin, sont à proscrire.

    2/ J'ai progressé dans ma pensée en acceptant de me confronter aux problèmes.
    La conclusion doit prendre position en soulignant très rapidement les temps forts de votre démarche. Vous pouvez réunir ces deux premiers points.

    3/Les professeurs ont coutume de dire qu'il faut terminer une conclusion par une ouverture. Comme pour l'accroche de l'introduction, ce conseil pris au pied de la lettre vous fait terminer votre devoir comme un pied : l'ouverture est trop souvent totalement artificielle, mieux vaudrait demander à l'examinateur si ça va bien chez lui !
    En réalité accroche et ouverture ont une même signification éthique : elles signalent une parole dont la vérité est d'être toujours au-delà d'elle-même, une parole sans suffisance, parce que soucieuse de sens. L'accroche montre en effet que ma prise de parole est précédée par d'autres : dans l'accroche, ma parole se raccroche à de grandes paroles, dignes de mémoires signant par là mon appartenance à une culture ; dans l'ouverture censée clore le devoir, ma parole signifie qu'elle est prête à se prolonger, car elle a suffisamment de distance par rapport à elle-même pour montrer qu'elle ne clôt pas le débat selon une suffisante vanité.
    Mais, comme dans le cas de l'accroche, mieux vaut finir son devoir sans ouverture, plutôt que de laisser l'examinateur sur une impression préjudiciable.
    L'ouverture doit donc porter exclusivement sur un aspect, un problème que vous entrevoyez sans bien sûr avoir le temps de le traiter, il s'agit donc d'un point de questionnement possible.
    En l'absence d'ouverture, je vous recommande plutôt de terminer votre propos par une belle citation, ponctuant fortement votre propos. Mais vous pouvez également ouvrir une nouvelle perspective par une citation.

    Proposition de conclusion.

    « La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir, mais les maux présents triomphent d’elle.» Nous avons donc montré que La Rochefoucauld dénonçait par là, non pas la philosophie, mais une illusion qui comme telle risque toujours d'ajouter du mal au mal. Cette illusion peut prendre deux formes : d'une part, l'idée que la pensée par son travail d'intelligibilité pourrait nous soulager véritablement du mal; or le mal fait d'autant plus mal qu'il se révèle comme du non-intelligible, ce pourquoi l'expérience du mal est inséparable du sentiment de l'absurde ; d'autre part, l'idée que nous pourrions accéder à une vraie sagesse par un assentiment à tout ce qui est, dont les malheureuses contingences de toute existence ; or l'assentiment véritable doit aller jusqu'au oui de Sisyphe : il ne se dérobe pas à la peine de l'existence, à la terrible indifférence du monde, mais il ne se dérobe pas plus à l'exigence de la conscience. Son oui englobe à la fois un oui au non du monde et un oui au non de la conscience. S'ouvre alors la voie pour une existence sans espoir, nous n'en finirons jamais avec les maux, et sans désespoir, pour autant que les hommes fassent « leur métier d’homme », ainsi que le dit le docteur Rieux dans La Peste . Se révolter contre la peste c'est lutter avec autrui, soigner, soulager, aider, mais aussi pardonner par fidélité à notre commune misère, bref ne pas se fermer à l'appel de l'autre homme.

    Serge Lediraison